Aller au contenu

Motoristes Analyse

Safran : +14,7 % au troisième trimestre, la rechange civile tire toujours la croissance

Safran a réalisé 9 milliards d'euros de chiffre d'affaires ajusté au troisième trimestre 2026, en hausse de 14,7 %, et livré 535 moteurs LEAP. Le groupe confirme ses objectifs annuels, porté par les pièces et services pour les moteurs en service.

Par Antoine Isambert Publié le 6 min de lecture

LinkedIn X Facebook Email

Soufflante d'un turboréacteur CFM LEAP exposée sur un stand
La soufflante d'un moteur LEAP sur le stand Safran au salon du Bourget 2017. © Marc Lacoste / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0

Safran a publié le 23 octobre 2026 son chiffre d'affaires du troisième trimestre : 9 milliards d'euros en données ajustées, en hausse de 14,7 % sur un an. Le motoriste a livré 535 moteurs LEAP sur la période et confirme ses objectifs annuels. Derrière ces chiffres, un déséquilibre se confirme : la rechange et les services pour les moteurs en service progressent bien plus vite que la production de moteurs neufs, toujours freinée par la chaîne d'approvisionnement.

Les chiffres du trimestre

Sur le troisième trimestre, le chiffre d'affaires ajusté atteint 9 003 millions d'euros, soit +14,7 % en publié et +13,4 % en organique, c'est-à-dire à périmètre et taux de change constants. Le chiffre d'affaires consolidé, qui intègre notamment l'effet des couvertures de change, s'élève à 8 890 millions d'euros. Sur neuf mois, l'activité ajustée atteint 26 574 millions d'euros, en hausse de 17,5 % (+17,9 % en organique).

Le directeur général, Olivier Andriès, résume le trimestre par une « forte croissance » d'environ 15 %. La Bourse a été moins enthousiaste : selon Investing.com, le titre a reculé d'environ 6 % le jour de la publication, une partie des investisseurs relevant le ralentissement de la rechange civile par rapport au premier semestre.

Par activité, la propulsion progresse de 13,2 % en organique, portée par l'après-vente (+18,7 %), alors que la première monte, c'est-à-dire la vente de moteurs neufs, ne gagne que 3,5 %. Les équipements et la défense croissent de 15,7 %, et les intérieurs d'avions (sièges, cabines) de 5,8 %, ces deux derniers chiffres étant affectés par le transfert de Safran Ventilation Systems d'une division à l'autre.

LEAP : un rythme de livraisons stabilisé

Le LEAP, produit à parts égales avec GE Aerospace au sein de la coentreprise CFM International, équipe l'Airbus A320neo (LEAP-1A), le Boeing 737 MAX (LEAP-1B) et le COMAC C919 (LEAP-1C). C'est le moteur qui conditionne, pour une large part, la capacité des avionneurs à livrer leurs monocouloirs.

Au troisième trimestre, CFM en a livré 535 exemplaires, contre 511 un an plus tôt et un niveau équivalent au trimestre précédent (+5 %). Sur neuf mois, les livraisons atteignent 1 565 moteurs, en hausse de 26 %. Safran maintient son objectif d'une hausse de 16 % à 19 % des livraisons de LEAP sur l'ensemble de 2026. Le groupe note une normalisation de la part des moteurs de rechange, ces moteurs livrés aux compagnies et aux loueurs pour remplacer temporairement ceux qui passent en atelier, par rapport au premier semestre.

Cette question des moteurs de rechange est au cœur d'un arbitrage délicat : chaque LEAP affecté au parc de rechange est un moteur de moins pour les chaînes d'assemblage d'Airbus et de Boeing, alors que les avionneurs attendent des moteurs pour livrer leurs avions. Airbus, qui a publié ses résultats le 30 octobre, maintient ses objectifs annuels malgré un ralentissement au troisième trimestre.

L'après-vente, moteur de la rentabilité

Le dynamisme de Safran repose d'abord sur les moteurs déjà en service. En dollars, la monnaie de facturation du secteur, les ventes de pièces de rechange pour moteurs civils progressent de 17 % au troisième trimestre et de 23,9 % sur neuf mois. Les services pour moteurs civils, qui regroupent notamment les contrats de maintenance facturés à l'heure de vol, bondissent de 19 % sur le trimestre et de 32,5 % sur neuf mois.

Deux générations de moteurs y contribuent. Pour le CFM56, qui équipe les A320ceo et les 737 de génération précédente, la hausse vient des prix et d'une meilleure disponibilité des pièces. Les compagnies prolongent l'exploitation de ces avions faute de pouvoir recevoir assez d'appareils neufs, ce qui soutient la demande de visites en atelier. Pour le LEAP, la croissance vient de visites plus nombreuses chez des ateliers tiers, de travaux plus étendus lors de ces visites et des prix. Les contrats à l'heure de vol, très répandus sur le LEAP, alimentent la ligne des services.

L'ouverture du marché de la maintenance du LEAP à des ateliers indépendants se vérifie dans l'actualité : le 28 octobre, Air Corsica a confié la maintenance des LEAP-1A de ses A320neo à l'américain StandardAero, dans son atelier de San Antonio (Texas), selon le Journal de l'Aviation.

Défense et équipements : le M88 en creux, les freins en Malaisie

Côté militaire, le troisième trimestre marque un creux pour le M88, le moteur du Rafale : aucun exemplaire livré, contre sept un an plus tôt. Safran l'explique par le rythme des livraisons de Rafale aux clients à l'export. Sur neuf mois, la tendance reste nettement positive, avec 33 moteurs livrés contre 17.

Dans les équipements, Safran Landing Systems a inauguré le 28 octobre deux investissements en Malaisie, pour 136 millions d'euros au total : une extension de 7 000 m² de son usine de freins carbone de Sendayan, qui doit doubler la production de disques d'ici 2028, et un centre de maintenance de 1 000 m² à Nilai, près de Kuala Lumpur. Les effectifs malaisiens doivent passer de 160 à 220 personnes d'ici 2030. L'objectif est de servir une centaine de compagnies d'Asie-Pacifique, sur des plateformes allant de l'ATR à l'A350 en passant par les Boeing 737, 777 et 787. Les freins carbone sont, comme les moteurs, un produit d'usure dont la demande suit le nombre d'atterrissages de la flotte mondiale.

Des objectifs annuels confirmés

Safran confirme ses perspectives 2026, relevées en juillet :

  • une croissance du chiffre d'affaires ajusté d'environ 15 % ;
  • un résultat opérationnel courant compris entre 6,4 et 6,5 milliards d'euros ;
  • un cash-flow libre de 4,7 à 4,9 milliards d'euros, qui intègre une incidence d'environ 500 millions d'euros liée à la contribution exceptionnelle sur l'impôt sur les sociétés instaurée en France.

Le groupe rappelle aussi que l'agence S&P a relevé sa note de long terme à « A » (perspective stable) le 14 septembre, et qu'il avait racheté pour 1,25 milliard d'euros de ses propres actions en 2026 au 20 octobre, dans le cadre d'un programme de 5 milliards d'euros.

Les points de vigilance

Safran cite lui-même deux risques : les capacités de production de sa chaîne d'approvisionnement, qui limitent depuis plusieurs années la montée en cadence des moteurs neufs, et l'impact potentiel du conflit au Moyen-Orient sur le trafic et l'activité de ses clients.

Pour les compagnies aériennes, la situation décrite par ces chiffres a une traduction concrète : les livraisons d'avions neufs restent contraintes, les flottes anciennes volent plus longtemps et le coût de la maintenance moteur augmente. Pour Safran, ce même contexte soutient la rentabilité, l'après-vente étant traditionnellement bien plus rémunératrice que la vente de moteurs neufs.

Prochaine échéance : les résultats annuels 2026, habituellement publiés en février, et le niveau de livraisons de LEAP sur l'année complète, à comparer à la fourchette de +16 % à +19 % visée.

Sources

À lire aussi

Newsletter

Le briefing de la semaine

Chaque vendredi, l'essentiel de l'actualité aéronautique, nos essais et nos analyses. Gratuit, sans publicité intrusive.