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Airbus : 547 avions livrés en neuf mois, 323 à sortir d'ici la fin de l'année
Airbus maintient son objectif d'environ 870 livraisons en 2026, mais il lui faut livrer 323 avions au dernier trimestre. Le chiffre d'affaires progresse de 7 % sur neuf mois, alors que le troisième trimestre marque le pas.
Airbus a publié le 28 octobre ses résultats des neuf premiers mois de 2026 et confirmé ses objectifs annuels. Mais l'exercice se jouera au dernier trimestre : avec 547 avions commerciaux livrés fin septembre, l'avionneur doit encore en remettre 323 à ses clients pour atteindre les quelque 870 livraisons visées, ce qui serait un record.
Des livraisons en hausse, un trimestre plus lent
Les 547 livraisons des neuf premiers mois, contre 507 un an plus tôt, se répartissent entre 68 A220, 428 appareils de la famille A320, 13 A330 et 38 A350. L'A321neo domine : il représente à lui seul 267 livraisons depuis janvier. Le mois de septembre a été le meilleur de l'année, avec 72 avions remis à 37 clients, contre 57 en août, mais légèrement moins qu'en septembre 2025 (73).
Sur le plan financier, le chiffre d'affaires atteint 50,6 milliards d'euros (+7 %) et l'EBIT ajusté 4,5 milliards (+8 %). Le résultat net s'établit à 3,6 milliards d'euros, contre 2,6 milliards un an plus tôt, soit un bénéfice par action de 4,54 euros. Le troisième trimestre, pris isolément, est moins bon : chiffre d'affaires en recul de 2 % à 17,5 milliards et EBIT ajusté en baisse de 9 %. Selon l'agence Reuters, citée par Air Journal, une vingtaine d'avions ont glissé du troisième au quatrième trimestre, faute de moteurs et d'équipements, et une difficulté sur des pièces d'A321neo a pesé sur la production.
Comment lire ces chiffres
Airbus met en avant l'EBIT ajusté, c'est-à-dire le résultat opérationnel corrigé d'éléments exceptionnels comme les effets de change ou les coûts de restructuration ; l'EBIT publié, sans correction, atteint 4,55 milliards d'euros sur neuf mois. L'autre indicateur suivi est le flux de trésorerie disponible avant financement des clients : l'argent réellement généré par l'activité. Il reste négatif sur neuf mois (-1,3 milliard d'euros), car l'avionneur fabrique et stocke des avions qui ne seront payés qu'à la livraison. La trésorerie nette est passée de 12,2 à 7,0 milliards d'euros depuis fin 2025 ; elle doit remonter avec le pic de livraisons de fin d'année. Le Journal de l'Aviation souligne aussi le coût de l'intégration des activités reprises à Spirit AeroSystems, fournisseur clé de fuselages et de voilures.
Un carnet de commandes qui dépasse 9 300 avions
Côté commercial, l'année est déjà solide : 1 174 commandes brutes et 1 105 nettes sur neuf mois, contre 514 nettes un an plus tôt. Le carnet de commandes atteint 9 310 avions, soit une dizaine d'années de production au rythme actuel. Il a toutefois reculé de 58 appareils en septembre, les livraisons et les annulations ayant dépassé les nouvelles commandes ce mois-là.

Les cadences de production, nerf de la guerre
Avec un tel carnet, la contrainte n'est pas la demande mais la capacité à produire. Airbus maintient sa trajectoire de montée en cadence :
- Famille A320 : 70 à 75 avions par mois d'ici fin 2027, puis stabilisation à 75 ;
- A220 : 13 par mois en 2028 ;
- A350 : 12 par mois en 2028 ;
- A330 : 5 par mois en 2029.
Chaque palier dépend de toute la chaîne d'approvisionnement : moteurs, aérostructures, systèmes de cabine. C'est là que se situent les retards actuels, plus que dans les chaînes d'assemblage final elles-mêmes, réparties entre Toulouse, Hambourg, Mobile (États-Unis) et Tianjin (Chine).
Moteurs et A330 : les points de blocage
Selon l'analyse publiée par GP Aviation Intelligence, l'approvisionnement en moteurs Pratt & Whitney est la principale limite aux livraisons d'A320neo, et Airbus ne dispose d'aucune réserve de moteurs pour amortir les retards. Le programme A330 a lui aussi souffert : les livraisons ont été suspendues pendant deux mois après la découverte d'un outil oublié dans la queue d'un appareil, ce qui explique les 13 A330 seulement livrés en neuf mois. Le même analyste rappelle qu'en reproduisant simplement le volume de son quatrième trimestre 2025, Airbus terminerait l'année vers 833 livraisons, soit une quarantaine de moins que son objectif.
Boeing reste loin derrière
En face, Boeing a livré 57 avions en septembre, son meilleur mois de 2026, et 161 sur le troisième trimestre, un niveau proche de celui de 2025. Sa chaîne de 737 n'est pas encore stabilisée à 47 avions par mois, et le passage à 52 paraît peu probable cette année. Les objectifs de l'avionneur américain, environ 500 737 et 90 à 100 787 sur l'année, supposent lui aussi une accélération en fin d'année, mais moins marquée que celle qu'Airbus doit réussir. Côté commandes, Airbus a enregistré début octobre une commande de 110 avions du loueur Avolon, qui n'apparaît pas encore dans les chiffres à fin septembre.
Des objectifs annuels maintenus
Pour 2026, les objectifs restent d'environ 870 livraisons, d'un EBIT ajusté d'environ 7,5 milliards d'euros et d'un flux de trésorerie disponible avant financement des clients d'environ 4,5 milliards. Guillaume Faury, président exécutif, assure que le plan est clair et que les équipes sont mobilisées pour l'atteindre ; Lars Wagner, à la tête de la branche avions commerciaux, s'est dit « très confiant ».
Hélicoptères et défense en soutien
La branche avions commerciaux reste le moteur du groupe, avec 36,7 milliards d'euros de chiffre d'affaires (+8 %) et un EBIT ajusté de 3,36 milliards (+3 %). Airbus Helicopters a livré 226 appareils sur neuf mois (218 en 2025) et enregistré 311 commandes nettes, pour un chiffre d'affaires stable de 5,6 milliards d'euros ; sa rentabilité recule toutefois, avec un EBIT ajusté de 445 millions contre 495 millions. Airbus Defence and Space progresse nettement : chiffre d'affaires en hausse de 5 % à 9,3 milliards, EBIT ajusté de 672 millions d'euros contre 420 millions, et 11,5 milliards d'euros de prises de commandes, contre 6,8 milliards un an plus tôt.
Ce qu'il faudra surveiller
Livrer 323 avions en trois mois suppose un rythme d'environ 108 appareils par mois, près du double de la moyenne des neuf premiers mois (environ 61). Airbus a l'habitude des fins d'année chargées, mais l'écart est cette fois important. La capacité des motoristes et des fournisseurs, y compris des sites repris à Spirit AeroSystems, à suivre ce rythme sera déterminante. Les chiffres de livraisons d'octobre, publiés début novembre, puis ceux de novembre donneront une première indication ; la réponse définitive viendra avec le bilan annuel, début janvier 2027.
Sources
- Airbus – Airbus reports Nine-Month (9m) 2026 results
- Le Journal de l'Aviation – Airbus maintient ses objectifs malgré un ralentissement au troisième trimestre
- Air Journal – Airbus : il reste 323 avions à livrer en trois mois
- Airbus – Commandes et livraisons
- GP Aviation Intelligence – Airbus’s year-end sprint: 323 deliveries to go as Boeing steadies its rhythm