Aller au contenu

Vol à voile Actualité

AK-X : l'aile volante des étudiants de Karlsruhe a pris l'air

Le planeur sans empennage AK-X, conçu par l'Akaflieg Karlsruhe, a effectué son premier vol le 30 septembre 2026 après plus de quinze ans de développement. Huit vols en deux jours ont donné des premiers retours encourageants.

Par Antoine Isambert Publié le 6 min de lecture

LinkedIn X Facebook Email

Planeur aile volante SB-13 Arcus sans empennage exposé dans un musée
Photo d'illustration : le SB-13 Arcus de l'Akaflieg Braunschweig, aile volante de 1988 dont s'inspire l'AK-X, exposé à la Flugwerft Schleissheim. Ce n'est pas l'AK-X. © Valder137 / Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0

Le 30 septembre 2026, le planeur expérimental AK-X de l'Akaflieg Karlsruhe a effectué son premier vol. Cet appareil monoplace sans empennage, conçu et construit par un groupe d'étudiants rattaché au Karlsruher Institut für Technologie (KIT), aboutit après plus de quinze ans de travail. Son ambition : démontrer qu'une aile volante peut offrir à la fois une traînée réduite et des qualités de vol acceptables pour un pilote de vol à voile, là où les essais du passé ont souvent buté.

Huit vols en deux jours

Selon le compte rendu publié par Aerobuzz, le premier vol a été confié au pilote d'essais Ingmar Mayerbuch. L'AK-X a été remorqué jusqu'à 8 000 ft par le FS35 de l'Akaflieg Stuttgart, une autre association étudiante. Cette hauteur confortable a permis de vérifier en sécurité les vitesses, le centrage et la compensation, l'efficacité des gouvernes et le fonctionnement des aérofreins. En deux jours, l'équipe a enchaîné huit vols avec quatre pilotes différents, avec des premiers retours qualifiés de très positifs.

Ce démarrage prudent est la règle pour un prototype de ce type : on explore d'abord le domaine de vol à vitesse modérée, loin du sol, avant d'aller vers les vitesses élevées, les décrochages et les vrilles. Aucune performance chiffrée (finesse, vitesse de chute minimale) n'a encore été communiquée : elles ne pourront être établies qu'après une campagne de mesures en vol.

Une aile en flèche, deux winglets et des gouvernes combinées

Sur un planeur classique, l'empennage horizontal assure la stabilité en tangage et la dérive la stabilité de route. L'AK-X s'en passe. Les données publiées décrivent un appareil de 15 m d'envergure, pour une surface alaire de 10,2 m², soit un allongement de 22. L'aile présente une flèche de 25° : c'est elle qui assure la stabilité longitudinale, les extrémités de l'aile, situées en arrière du centre de gravité, jouant le rôle d'empennage horizontal. Deux grands winglets placés en bout d'aile assurent la stabilité de route.

Les gouvernes de bord de fuite sont combinées : elles servent à la fois au contrôle en roulis et en tangage (ce que l'on appelle des élevons), de volets de courbure et d'aérofreins. La masse maximale visée est de 550 kg et la vitesse à ne jamais dépasser (VNE) de 265 km/h.

Le principe est connu : supprimer le fuselage arrière et l'empennage réduit la surface mouillée, c'est-à-dire la surface en contact avec l'air, et donc la traînée de frottement. Mais une aile volante doit gérer avec une marge réduite l'équilibre entre stabilité et maniabilité, et la plage de centrage acceptable est généralement étroite. C'est ce compromis que les étudiants de Karlsruhe cherchent à résoudre.

Quinze ans de calculs, de maquettes et d'essais

Le projet a été lancé en 2010. Avant de voler, le planeur a été validé par étapes : maquettes, essais structuraux menés jusqu'à la rupture, campagne en soufflerie et vols d'un modèle radiocommandé à l'échelle 1/2. Ce type de démarche, long et méthodique, est caractéristique des Akaflieg (Akademische Fliegergruppen), ces associations d'étudiants des universités techniques allemandes qui conçoivent, construisent et testent des planeurs expérimentaux, souvent sur une décennie ou plus, en marge de leurs études.

L'AK-X avait été présenté au public le 23 janvier 2026 dans l'amphithéâtre Gerthsen du KIT, devant plus de 700 personnes, en présence de représentants de l'université, du parlement du Land, de la fondation KSB et et du Deutscher Aero Club (DAeC), la fédération allemande des sports aériens, selon le site de l'Akaflieg Karlsruhe. Les responsables successifs du projet y avaient retracé ses difficultés et ses étapes.

Dans le sillage du SB-13

Les ailes volantes ont une longue histoire en vol à voile, des planeurs des frères Horten dans les années 1930 et 1940 aux études menées dans les universités allemandes. L'AK-X s'inscrit explicitement dans la continuité du SB-13 Arcus de l'Akaflieg Braunschweig. Ce monoplace de classe Standard (15 m) a volé pour la première fois le 18 mars 1988. Il était alors le premier planeur sans empennage construit depuis une trentaine d'années.

Le parcours du SB-13 illustre les difficultés du concept : une maquette au tiers avait révélé des problèmes de flottement (des vibrations aéroélastiques potentiellement destructrices) et de stabilité, qui avaient imposé une refonte de l'aile avec un raidissement en fibre de carbone. L'appareil, construit à un seul exemplaire, a volé de 1988 à 2000 avec une finesse maximale de 42 à 107 km/h, comparable à celle des autres planeurs de 15 m de l'époque, sans les surpasser nettement. Il est exposé depuis 2007 au Deutsches Museum, à la Flugwerft Schleissheim, près de Munich.

Plus de trente-cinq ans plus tard, les outils de calcul aérodynamique et aéroélastique, la maîtrise des matériaux composites et la possibilité de tester des modèles volants instrumentés changent la donne. L'enjeu de l'AK-X sera de montrer si une aile volante peut, cette fois, rivaliser avec les meilleurs planeurs classiques, ou au moins offrir un comportement assez sain pour être piloté sans difficulté particulière.

Pourquoi ces projets étudiants comptent

Les Akaflieg ont joué un rôle important dans l'histoire du planeur moderne : de nombreuses solutions techniques, des profils laminaires aux structures composites, y ont été expérimentées avant d'être adoptées par l'industrie. Elles forment aussi des générations d'ingénieurs qui passent ensuite chez les constructeurs de planeurs ou dans l'aéronautique.

Pour les vélivoles, l'AK-X ne débouchera pas sur un planeur de série à court terme. Son intérêt est ailleurs : produire des données d'essais en vol sur une formule rare, publiées et discutées dans la communauté, et tester des solutions (gouvernes combinées, winglets stabilisateurs) qui pourraient un jour inspirer des appareils plus conventionnels.

La suite : l'AK-11, un biplace de 20 m

Le programme d'essais de l'AK-X va se poursuivre pour ouvrir progressivement le domaine de vol. En parallèle, l'Akaflieg Karlsruhe prépare déjà son successeur, l'AK-11, présenté lors de la même soirée de janvier. Il s'agit cette fois d'un biplace de 20 m d'envergure, doté d'un bord d'attaque mobile destiné à favoriser l'écoulement laminaire sur l'aile, autrement dit à conserver le plus longtemps possible une couche d'air « lisse » au contact de l'extrados, source de moindre traînée.

Niveau de Vol suivra la publication des premiers résultats d'essais de l'AK-X, notamment ses performances mesurées et son comportement aux basses vitesses, les deux points qui décideront du succès de la formule.

Sources

À lire aussi

Newsletter

Le briefing de la semaine

Chaque vendredi, l'essentiel de l'actualité aéronautique, nos essais et nos analyses. Gratuit, sans publicité intrusive.