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Opérateurs et marché Analyse

Aviation d'affaires : l'Europe marque le pas à l'automne 2026, la propriété partagée continue de grimper

Après une année 2025 record, le trafic mondial des jets d'affaires ralentit : +3,2 % depuis janvier, mais quasiment plus de croissance depuis septembre. En Europe, la France fait du surplace et l'Allemagne recule, tandis que les compagnies de propriété partagée restent le seul segment en nette progression.

Par Antoine Isambert Publié le 6 min de lecture

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Jet d'affaires Dassault Falcon 2000 aux couleurs de NetJets Europe en approche, train sorti
Un Dassault Falcon 2000 de NetJets Europe, premier opérateur de propriété partagée du continent, en approche à Hambourg en 2022. © MarcelX42 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

L'aviation d'affaires sort d'une année 2025 record, marquée par une croissance mondiale d'environ 5 % des départs, tirée par l'Amérique du Nord. L'automne 2026 montre un marché qui reste à un niveau élevé mais qui a cessé d'accélérer. D'après les relevés hebdomadaires de la société d'analyse WingX, qui suit les départs de jets et de turbopropulseurs d'affaires à partir des données de vol, le trafic mondial affiche +3,2 % depuis le 1er janvier, mais la tendance des dernières semaines tourne autour de zéro. Et l'Europe, deuxième marché mondial avec environ 12 % des départs, fait moins bien que la moyenne.

Un rebond mondial porté par le salon de Las Vegas

Pendant la semaine 43, du 19 au 25 octobre, WingX a compté un peu plus de 81 750 départs de jets d'affaires dans le monde, soit 0,7 % de plus qu'un an plus tôt. Ce retour dans le vert doit beaucoup au salon NBAA-BACE de Las Vegas : le Nevada a bondi de 32,8 % et les trois aéroports de la ville ont enregistré 2 599 mouvements, davantage qu'au pic du salon 2025. Hors Nevada, la hausse mondiale n'est que de 0,3 %, et les semaines 42 et 43 cumulées sont légèrement négatives (-0,1 %). L'Amérique du Nord, qui représente environ sept départs sur dix, progresse de 2,2 % sur la semaine et de 4,4 % depuis janvier.

WingX souligne un effet de base défavorable : l'automne 2025 avait été particulièrement dynamique, avec une hausse de 4,6 % dès la semaine 41, ce qui rend les comparaisons difficiles jusqu'en novembre.

L'Europe en léger recul

En Europe, la semaine 43 se solde par un peu moins de 10 800 départs, en baisse de 2 %. Le cumul annuel reste positif, à +1,2 %, mais il progresse moins vite qu'ailleurs. Les écarts entre pays sont marqués : l'Espagne (+3,1 %), le Royaume-Uni (+1,3 %) et l'Italie (+0,9 %) progressent, tandis que l'Allemagne recule de 5,5 % et la Suisse de 2,7 %. Le recul allemand n'est pas nouveau : en juin, l'association allemande de l'aviation d'affaires GBAA relevait déjà, à partir des données WingX, une baisse de 4,2 % sur un an et de 11,5 % par rapport à juin 2024.

La France reste le premier marché européen. Au premier semestre 2026, elle a totalisé 62 966 départs, devant le Royaume-Uni (54 132), l'Allemagne (46 157), l'Italie (39 945) et l'Espagne (31 337). Mais sa dynamique est à l'arrêt : 1 583 départs en semaine 43, en baisse de 2,3 %, et un cumul annuel quasiment nul (+0,1 %). La semaine 41 avait déjà été négative (-1,1 %).

Le Bourget résiste, Nice décroche

À l'échelle des aéroports, Paris-Le Bourget confirme son rang de première plateforme d'aviation d'affaires en Europe, avec 651 départs en semaine 43, en hausse de 6,5 %. Le terrain bénéficie de la proximité de Paris et de la présence des grands opérateurs européens. À l'inverse, Nice, deuxième aéroport d'affaires européen au premier semestre, recule de 5,6 % (272 départs contre 288). La Côte d'Azur dépend davantage de la clientèle de loisirs, plus sensible aux saisons et aux prix.

La propriété partagée, seul segment en forte hausse

La tendance la plus nette concerne le modèle économique des vols. WingX distingue plusieurs catégories d'exploitants : les flottes en propriété partagée (le client achète une fraction d'avion et des heures de vol garanties, comme chez NetJets ou Flexjet), les opérateurs de charter, les avions gérés pour le compte de propriétaires, les départements de vol privés et ceux des entreprises.

La propriété partagée est le seul segment à progresser franchement : +5 % en semaine 43, et +9,6 % depuis le début de l'année. En semaine 41, sa hausse atteignait 7,8 % et ajoutait à elle seule environ 1,5 point à la croissance mondiale. Ce segment profite de grosses commandes d'avions neufs et d'une clientèle qui privilégie la disponibilité garantie.

Le charter, lui, recule : -2,1 % en semaine 43 et -0,7 % depuis janvier. La semaine 41 avait été marquée par une chute de 10,2 %, troisième baisse hebdomadaire consécutive. L'analyste de WingX Nick Koscinski y voit une pression sur la partie du marché la plus sensible aux prix plutôt qu'une baisse générale de la demande. Le charter européen résiste mieux (+1,9 % en semaine 43) que le charter nord-américain (-2,6 %). Les départements de vol d'entreprise reculent de 5,5 % depuis janvier ; les départements de vol privés, à l'inverse, progressent de 6,1 %.

Moyen-Orient en chute, flotte sous-utilisée

Le Moyen-Orient reste la région la plus touchée : -11,3 % en semaine 43 et -14 % depuis janvier, avec un effondrement dans les pays du Golfe (-35,7 %), l'Arabie saoudite (-43,9 %) et les Émirats arabes unis (-25,3 %). WingX relie cette baisse au conflit régional. La Turquie fait exception (+14,9 %).

Les indicateurs de flotte, calculés avec la société de données JETNET, confirment un marché qui plafonne : sur 25 753 avions d'affaires en service, 13 873 ont volé pendant la semaine, un nombre en hausse de 1,6 %, mais chaque avion actif a effectué moins de vols (5,89 départs, -0,9 %) et moins d'heures (9,6 h, -0,9 %). Le nombre d'avions à vendre augmente pour la troisième semaine consécutive, à 1 765, soit 6,9 % de la flotte. Un niveau qui reste bas historiquement, mais dont la hausse est suivie de près par les constructeurs et les courtiers.

Comment lire ces chiffres

Les données de WingX reposent sur des données de suivi des vols de jets et de turbopropulseurs d'affaires, à l'échelle mondiale. Elles comptent des départs, et non des heures de vol ou des passagers : un recul de quelques pour cent d'une semaine sur l'autre peut tenir au calendrier (jours fériés, salons, vacances scolaires) autant qu'à la demande. Les tendances sur quatre semaines et les cumuls annuels sont donc plus significatifs que les variations hebdomadaires.

Ce que cela signifie pour la fin d'année

Pour les opérateurs européens, l'hiver s'annonce sans croissance spectaculaire. Les comparaisons resteront difficiles jusqu'à fin novembre, avant une période des fêtes traditionnellement soutenue par les vols vers les stations de ski alpines et les destinations ensoleillées. Pour les constructeurs, l'enjeu est différent : les commandes des grands opérateurs de propriété partagée, qui renouvellent et agrandissent leurs flottes, soutiennent la production des jets légers et moyens, comme l'a montré la commande d'Embraer Praetor par Flexjet. Le bilan annuel de WingX, publié début janvier, dira si 2026 termine au-dessus du niveau record de 2025.

Sources

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